La Norvège en hiver est le terrain de prédilection des amoureux de la neige, de grands espaces et par dessus tout… Des chasseurs d’aurores boréales. La Norvège du Nord se situe au delà du cercle polaire arctique et s’étend de Helgeland jusqu’au cap Nord (ça n’a polaire comme ça mais c’est vraiment situé très haut sur la carte).

Bref, si vous cherchez un endroit où voir des rennes, des élans, des baleines, des fjords aux eaux translucides, des cabanes de pêcheurs sur fond de fjords, des montagnes enneigées et des aurores boréales… Surtout ne bougez pas, vous avez frappé au bon igloo !

Mais comment diable avons-nous atterri en Norvège en hiver ?


Vous le savez peut-être déjà, la Lykorne des neiges rêve de voir des aurores boréales depuis de longues années… Et même si ce désir fou s’est concrétisé en Islande il y a deux ans, et bien cela n’a pas calmé la créature que je suis… Pire encore, ça a réveillé de nouvelles obsessions : je veux en voir de toutes les couleurs, de toutes les intensités, et sur tous les paysages possibles et imaginables. Rien que ça ! Mais ayant déjà emmené mon viking chasser les aurores deux hivers de suite, dans ma grande magnanimité, je lui ai laissé un an de répit (le temps de se remettre du fait qu’il les voit en blanc et pas en couleurs ; la télé noir et blanc, a laissé des séquelles… Oups). Mais têtue comme une mule (à korne), un an plus tard, nous voici dans les rayons de la Fnac. Je lui présente avec mon sourire le plus mignon deux guides au hasard : main gauche, la Norvège avec une grosse photo d’aurore boréale dessus, main droite la Finlande, avec un arbre tout enneigé et une cabane. En d’autres termes, il a le choix entre de la neige ou de la neige, des cabanes ou des cabanes, des aurores boréales ou des… Bref, vous avez compris. « Tiens, tu as le choix » (il me reste ma botte secrète, si vraiment il ne succombe pas, je lui parle moto-neige). Il prend donc les deux guides, soupèse les deux ouvrages, et me tend le plus léger. Nous partirons en Norvège en hiver. Et oui, nos destinations voyages tiennent à peu de choses parfois !

Notre itinéraire est le suivant ; Nous passerons deux jours à Tromsø, puis cinq sur l’Ile de Senja. C’est de cette dernière dont je vais vous parler aujourd’hui, ne courrons pas deux rennes à la fois…

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Senja ou l’Ile qui murmurait à l’oreille des fjords et montagnes en Norvège du Nord

C’est au volant d’une Mazda bleue aux pneus neige de toute beauté (sièges chauffants s’il vous plaît) que mon Viking m’emmène en direction de l’Ile de Senja. Cette île me fait rêver de longue date. Certains l’appellent la petite Norvège, d’autres disent qu’elle est toute aussi belle que les Lofoten. Elle est à la Norvège ce que le Cap Corse est à la Corse, ; pleine d’authenticité, peu fréquentée et avec des paysages grandioses. C’est pour explorer des coins comme celui-là que j’aime voyager. Un peu comme quand je trouve le carré de chocolat tout au bout de mon Cornetto !

Nous laissons donc Tromsø s’évanouir derrière nous, et les routes qui nous conduisent vers Senja sont majestueuses. Je les contemple tout en jouant à « où est Charlie » avec les rennes et les élans (oui j’ai gardé mon âme d’enfant, sur la route, je suis intenable…)… Le soleil se montre parfois à visage totalement découvert, mais joue parfois aussi à cache cache. Tantôt nous nous enfonçons sous la neige, tantôt nous sommes accompagnés par de beaux rayons. Cela n’est pas sans nous rappeler l’Islande ! On adore… Un grand vent d’aventure souffle jusqu’à nous. On regarde défiler la mer, les montagnes aux reliefs et couleurs différentes, les forêts de sapins. Tout se succède, se mélange ou se juxtapose avec contraste et poésie.

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Finnsnes, à l’orée de Senja

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Au bout de 2h30 de route, nous arrivons à Finnsnes, ville située juste avant le pont qui nous relie à Senja. C’est ici que nous passerons la nuit. Nous en profitons pour faire quelques courses, les restaurants sont bien trop onéreux. Nous faisons donc nos réserves de sandwichs, de tartares au cocktail de crevettes, et de Brunost (spécialité fromagère de Norvège, qui fait souvent frémir les touristes), du thon et des soupes lyophilisées. C’est qu’on sait se faire plaisir en Norvège, nous ne sommes pas des vikings en mousse, nom d’une Lykorne à barbe !

Ensuite notre gps nous emmène jusqu’à notre logement pour la nuit, et c’est l’heure de l’anecdote du jour.

L’histoire du air BNB de Finnsnes


“Driiiiiiiiing!!!” voila le son qu’aurait produit notre index s’il avait rencontré une sonnette, et tout aurait été bien différent…
Nous rallions par beau temps notre point de chute. La journée donne des signes de faiblesse. Nous garons notre carrosse près d’une maison accueillante, dont les fenêtres donnent sur la mer de Norvège, rien que ça…

Le GPS braille tant qu’il peut que nous sommes arrivés, mon king-kong lui coupe le sifflet d’un tour de clé. Je sors, et j’avise la façade blanche baignée de soleil : voilà un bien bel endroit pour passer la soirée me dis-je. Je m’enquiers de mon chéri qui tarde à émerger de son bolide. La portière, bloquée par un mur de neige, refuse de le laisser sortir. Conscient qu’il ne remportera pas ce bras de fer, mon viking opte pour un régime express, se faufile par l’ouverture, manque de se prendre une gamelle, et m’emboîte le pas, tout sourire d’avoir remporté son duel. Nous nous dirigeons vers la porte, bras dessus, bras dessous, les yeux plissés tant le soleil veut nous faire bronzer. Une jolie pancarte orne l’entrée de la demeure. Des prénoms et des mots de bienvenue y ont été gribouillés – charmante idée pour mettre en confiance les nouveaux arrivés. Nous poussons ladite porte qui s’ouvre poliment, sans grincer, et donne sur un agréable petit vestibule. Nous signalons avec ferveur notre présence, en bêlant des “hello” sur plusieurs octaves. Bien entendu, nous entreprenons d’enlever nos chaussures (pour un peu, je réclamais presque mes chaussons Lykorne), et alors que nous nous débattons avec nos lacets, un homme apparaît à l’autre bout du vestibule. Trapu, un visage rond sans cheveux vissé sur un t-shirt de couleur vive, le gaillard nous toise, et nous gratifie d’un timide salut. Armés de notre anglais au rabais, nous décidons d’établir au plus vite un contact chaleureux avec notre hôte. Nous le saluons bruyamment, nous confondant en excuses d’arriver avec un peu d’avance, et que s’il avait l’amabilité de nous indiquer un coin sympa pour reluquer sous les jupes des aurores boréales et… alors que nous déballons tout ce qui nous passe par le tête dans la langue d’un Shakespeare analphabète, nous comprenons que le bonhomme attend qu’on la boucle, un sourire de banquier accroché sous son nez.
Nous nous interrompons, comprenant que Monsieur souhaite en placer une, ce qu’il fait sans trainer, dans un anglais tout aussi approximatif : “Alors? comme ça vous venez pour le RB&B?”
Nous opinons du chef comme deux imbéciles heureux. Son regard navigue sans savoir qui de nous deux il doit vraiment regarder, et nous annonce tout de go : “hé bien, ce n’est pas là du tout. C’est la maison plus haut”…

Et voilà…vous savez maintenant, comment nous avons pénétré par effraction dans la maison d’un parfait inconnu…

“Sorryyyyyyyyyy !!!” voilà ce qui est sorti en trombe de nos bouches, pendant que nous rejouons la scène de l’arrivée, mais à l’envers et en mode accéléré. Le propriétaire des lieux ne semble pas plus outré que ça de la situation, et nous en déduisons que ce n’est pas la première fois que ça lui arrive. Nous prenons congé et nous dirigeons vers la maison suivante, en espérant que celle-là sera la bonne.
La batisse semble spacieuse, composée de deux étages, dont le plus haut est parcouru d’un balcon qui galope presque tout autour de la maison.
Nous prenons bien soin de nous annoncer avant d’entrer, notre hôte nous accueille sur le pas de la porte : “My name is Harald…” se présente-t-il. Nous faisons alors face à un échantillon du passé en parfaite santé, plutôt grand, le cheveux blanc, une attitude de british, le menton bien haut sans être méprisant. Son regard perçant nous annonce la couleur : “je suis issu d’un peuple de conquérants, j’habite une contrée dont le climat à lui seul est un défi à relever, je suis peut-être vieux mais j’en ai encore sous le pied…”. Harald nous invite sobrement à lui emboiter le pas. Les civilités, c’est pas sa tasse de thé, au vieux râblé, il s’acquitte du strict nécessaire, sans trop en faire. Alors que nous nous émerveillons du panorama qui se répand devant ses fenêtres, lui, nous informe simplement que personne ne s’est plaint de la vue jusqu’à maintenant. Quel bout en train ce Harald quand même…

Alors que nous échangeons avec lui sur les spots que nous pouvons rejoindre pour chasser l’aurore boréale, nous découvrons finalement un bonhomme doté d’un humour tout en retenue, sous le masque d’un pince sans rire. Il nous autorise à mettre notre nourriture dans son frigo. Nous avions fait, un peu plus tôt, quelques courses dans un supermarché pour avoir de quoi petit-déjeuner. Son épouse, absente jusqu’alors, fait son apparition, se présente brièvement, et constate avec gravité qu’on remplit son frigo de beurre et de jus frais. On s’imagine à tort que Madame n’aime pas l’idée de nous voir squatter son électro-ménager et qu’elle va râler. Mais ô surprise, elle nous informe avec autorité que le petit-déjeuner est compris que nous sommes conviés à le partager en leur compagnie. Comprenant qu’il serait très malvenu de refuser, nous promettons de les retrouver à table dans la matinée. Nous les quittons à la nuit tombée, et partons en quête du lieu idéal pour observer une aurore boréale.

Nous avons pris soin auparavant, de gaver le coffre de la voiture d’un sac contenant boissons et nourriture. La voiture arpente les routes qui s’enroulent autour de la côte à la recherche DU spot.

Première chasse aux aurores boréales


Nous ne tardons pas à trouver une route fraîchement dégagée menant à un petit port. Au loin, un bulldozer s’affaire sur la digue, dessinant un chemin dans tout ce blanc. Le jour bouscule la nuit qui trébuche et tombe enfin. Quelques petits bateaux de pêche attendent sans doutes le dégel, le phare éteint émerge du crépuscule comme la tour d’une antique citadelle.. La vue est bien dégagée, le lieu est désert ou presque… La chasse commence : comme deux flics en planque, on grignote, on sirote, embusqués dans la voiture, on attend que s’annonce l’aurore, on sort parfois profiter de l’air pur, l’air gelé du dehors, celui qui sent l’aventure. Le froid nous mord, nous dévore. On se croyait à l’épreuve du gel, on se croyait vaccinés par les températures sibériennes, et pourtant, la nuit norvégienne avait de grosses dents et nous poussait dans nos derniers retranchements.

Puis soudain, les premiers signes d’agitation se manifestent dans le ciel d’encre. Une faible lueur d’abord, vacillant entre les nuages, prend son essor et sort de son lit de pénombre, mon excitation est à son comble. “ ça y est, ça commence !” m’écrié-je, en faisant la toupie, essayant d’embrasser instantanément tout l’horizon à la recherche d’autres apparitions.
Panique à bord, on court en tous sens, on s’emmêle les trépieds, on cherche un coin stable pour se poser. Le firmament commence à s’enflammer, les feux célestes se mettent à danser.
L’appareil capture tant qu’il peut le spectacle que le ciel nous offre si volontiers. On oublie qu’on gèle sur pied, le doigt crispé sur la gâchette, boulimiques que nous sommes de ces moments d’émoi.

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Les heures filent sans qu’on les voient, on suit la course folle de notre aurore boréale dans la une nuit noire, puis lentement, fatiguée par tant d’emportement, elle tire sa révérence et disparaît dans lefirmament. Et nous, on la regarde nous échapper, comblés et givrés par notre soirée.

Nous rentrons fourbus nous réfugier sous la couette, les dents qui font encore des claquettes et nous nous endormons comme deux souches, le marchand de sable a fait mouche.

Driiiiinnng…” le réveil nous réveille comme le bourreau rend sa sentence. On sent que la nuit a été courte, les yeux piquent, on se met en boule, on veut pas quitter le chaleur du lit, comme des p’tits poussins contre maman poule. On s’arrache à la couette, on se glisse mollement dans nos fringues, et on traîne comme deux condamnés jusqu’à la table du petit déjeuner.
La surprise est de taille et nous réveille d’un coup de fouet. Harald et son aimée nous ont préparé un vrai buffet à volonté. Pendant qu’ils nous font gouter du saumon fumé par un pécheur local, que nous partageons un morceau de Brunost (présenté fièrement par nos hôtes, je n’ai pas pu refuser cette généreuse offre… Alors voilà, j’ai mangé du Brunost au petit-déjeuner), et une excellente confiture d’orange maison en bocal, ils devisent avec nous de leur vision du pays, sa politique et sa philosophie, et quelque part, on les envie.
Le ventre plein (et je plains mon ventre), c’est finalement presque à contre-cœur que nous quittons papi et mamie air BNB et mettons les voiles, repus et reposés. Nous entassons rapidement nos sacs dans notre carosse, après avoir gratifiés nos hôtes de chaleureux adieux. Après avoir longuement hésité, mais persuadés que les blagues les plus courtes restant les meilleures, nous ne passons finalement pas saluer le voisin chez qui nous avions fait irruption sans être conviés.
Nous nous regardons, mon viking en boule de gomme et moi : il met le contact, j’allume la radio. Le moteur vrombit tandis qu’un rappeur norvégien balance son flow. La voiture s’engage paresseusement sur la pente gelée, et nous voila sur la route à nouveau… Nous empruntons cette fois-ci le pont pour rallier officiellement l’Ile de Senja. Nous partons tout d’abord en vadrouille vers le sud de l’Ile.

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Stonglandseidet : premiers élans amoureux

Les routes sont belles, et la lumière dorée qui perce au dessus de la mer et des montagnes sont à tomber ! Je fais évidemment quelques photos, nous dépassons un mignon village avec une petite église…. Et là, serait-ce possible nom d’un chien de traîneau ? Ô doux miracle, il me semble voir mes premiers élans de Norvège !

« Freeeeeeine !!! » Mon viking sort de sa torpeur brusquement et écrase la pédale prévue à cet effet. Les pneus rejouent les meilleurs moments de « Holiday On Ice » et patinent sur la route givrée. La caisse continue sa course quelques mètres,  roues bloquées, pour finalement s’immobiliser dans un nuage de petits cristaux qui étincellent dans les rayons du soleil. Nous voilà à l’arrêt au beau milieu d’un désert blanc. Mon acolyte anonyme me dévisage, cherchant dans mon regard une raison valable à cette procédure d’urgence, appliquée généralement pour échapper au pire…Moi, incapable de résumer en un mot le pourquoi du comment à tout ce fatras, je saute de l’appareil avant son arrêt complet, l’arme au poing pour une mise au point avec un sujet fort capricieux : l’élan. Il n’est en effet pas donné à tout le monde de prendre l’élan de vitesse, mais, faisant fi de tous ces « on dit », je galope vers le fier animal qui pourrait fort bien me distancer. La course serait perdue d’avance contre ce champion des faits d’hiver, je ralentis alors, et je tente une approche en douceur. Je m’enfonce dans la neige jusqu’aux genoux, je dois faire de grandes enjambées pour progresser, l’élan ne semble pas très inquiet. L’air de rien, il me lorgne en coin : il analyse ma vitesse de progression et estime qu’il a le temps d’avaler un arbre ou deux avant de se mettre à cavaler pour me semer. Tant pis, je continue de faire des pas trop grands pour moi, manquant parfois de perdre l’équilibre et de boire une tasse de poudreuse. Je le contemple, immense, des pattes télescopiques comme des pailles plantées dans la chantilly, nonchalant, chiquant son repas veggie sans me quitter des yeux.

Mon regard se porte sur un petit bosquet, plus loin, et mon coeur s’emballe. Plusieurs silhouettes, immobiles, se détachent entre les troncs gris et blancs des bouleaux : mon élan se déplace donc avec femme, enfant, et sans doutes belle-maman. Je dégaine mon appareil en maudissant le ciel de ne pas avoir de zoom, je dois encore m’approcher de cette petite bande que je sens déjà prête à se débiner. Commence alors la danse du « je t’aime, moi non plus » ; à chaque pas que je fais, le groupe migre un peu plus vers le couvert rachitique des bouleaux, sans hâte, mine de rien, me tenant systématiquement une distance raisonnable . A la manière des tirailleurs, j’avance, je pose le genou, je met en joue, et j’arrose. Mode paparazzi activé : je crame la moitié de ma carte SD. J’ajouterai l’élan à mon tableau de chasse, foi de Lykorne, ou je perds la face. Moi, j’avance, et ils reculent, mais comment veux-tu, comment veux-tu que je t’encadre?? L’élan est au fjord ce que le dromadaire au désert, il navigue sans chavirer sur les dunes glacées, et inexorablement, je les vois s’éloigner, disparaissant peu à peu dans la pénombre du bosquet.

Ravie de cette rencontre inespérée et comblée d’avoir pu l’immortaliser de quelques clichés surement ratés, je retrouve mon pilote de course qui me toise d’un long regard dans lequel j’y lis cette interrogation d’une infinie profondeur :  » c’est pour prendre en photo des bourrins déguisés en lustre de Mémé que t’as failli nous tuer?? » (ah, quel homme tout de même…).

Ensuite, nous filons en direction de Hamn, où nous passerons deux nuits ! Nous faisons des stops régulièrement sur la route, pour visiter une église parce-qu’elle est trop trop mignonne, où pour contempler un bout de montagne plongeant dans la mer, ou pour manger quelques tartines de jambon et de Brunost parce-que le ventre de mon viking crie famine (« j’ai faim, quand est-ce qu’on mange ? » Et sinon qu’est-ce qu’on mange » « Ahhhhhh j’ai un trou énorme à la place du ventre, je me sens mal »… Là c’est le niveau ultime, c’est comme avec la batterie de mon téléphone, je sais qu’il nous reste très très peu de temps d’autonomie). Il faut noter qu’il est parfois difficile de trouver un endroit où nous arrêter lorsqu’on voit un joli paysage… Il a neigé dru pendant deux jours, et les déneigeuses ont beau s’agiter sur beaucoup de routes, la neige déversée sur les côtés nous empêche de nous garer où bon nous semble !

Nous approchons peu à peu de Hamn, et juste avant de traverser un pont, nous remarquons un village qui a l’air superbe avec des eaux d’un turquoise soutenu. Nous trouvons une petite route sensée nous y conduire, mais elle n’a pu être déneigée jusqu’au bout ; notre voiture de compétition a beau avoir des pneus neige, ses pattes s’enfoncent dangereusement dans la poudreuse ; nous nous promettons d’essayer d’y retourner plus tard !

Il est trop tôt pour rentrer dans nos pénates, alors nous décidons de pousser pour découvrir les villages de Gryllefjord et Torsken ! Rien que ces noms font penser à de grandes épopées Viking.

La route pour se rendre dans ces coins est époustouflante !! Nous serpentons au milieu des montagnes, passons des tunnels très impressionnants, bercés au rythme des flocons qui nous saupoudrent généreusement ! En sortant d’un tunnel, nous franchissons un pont et grimpons sur une montagne en empruntant des lacets en épingles pour déboucher sur l’autre versant. Mais avant d’y arriver, conseil de Lykorne futée, surtout prenez le temps de profiter du paysage : la vue sur les montagnes qui se dressent devant nous comme un mur gigantesque, la mer avec le pont en contrebas et le trou du tunnel qui nous paraît minuscule au milieu de tout ça…. C’est monumental !

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Torsken (le survivant)

Ce village est un petit port « aux allures de bout du monde » ; ce n’est pas moi qui le dis, je cite le guide du Routard, et je valide à 200%… De jolis bateaux colorés, une belle vue sur la mer avec les montagnes tout autour, ça vaut le coup de s’y arrêter !

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Gryllefjord

Ce village ne nous a pas paru avoir un grand intérêt, moins de charme que son copain Torsken, je crois que c’est surtout intéressant d’y aller pour attraper son ferry. Mais cela vaut quand même le détour juste pour avoir le plaisir d’admirer les routes qui y mènent !

Après une journée riche en découvertes et en émotions, nous décidons de rejoindre notre hôtel.

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Hamn

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Le cadre est sublime ; les différentes chambres sont construites dans des grandes cabanes, avec chacune un accès à des petits pontons en bois donnant sur la mer et les montagnes. Il y a des bateaux, des cabanes de pêcheurs, et le tout est construit sur des bouts de rochers. Ils ont fait un complexe hôtelier en adéquation totale avec la nature.

Et le top du top : ils ont construit un petit phare en hauteur, chauffé à l’intérieur avec des tables pour se poser, boire un thé ou grignoter vue sur le fjord ! Evidemment, un lieu comme ça, c’est le rêve ultime pour chasser les aurores boréales…. je crois que nous aurons passé plus de temps dans le phare que dans notre chambre ; nous y avons pris l’apéro, dîné (un menuphare), chassé les aurores ; et nous l’avons eu à chaque fois pour nous tout seuls ! Hourrah !

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Mais pour ce soir, c’est relâche, la météo est capricieuse alors nous allons nous coucher.

Le lendemain matin, après un bon petit-déjeuner, nous partons en vue de découvrir Tungeneset (tongs et chaussettes) ! Il paraît à ce qu’il paraît qu’on est sensés y voir les dents du diable… Programme diabolique en perspective.

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Tungeneset ou les dents du diable

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Nous passons toujours et encore par de très jolies routes et arrivons en une vingtaine de minutes seulement à notre premier objectif de la journée (nous suivons mes petits drapeaux verts sur google maps). Il fait presque beau lorsque nous arrivons (enfin pas totalement moche quoi), mais le temps que je mette mes guêtres, mes crampons et que je m’apprête à ouvrir la portière de la voiture… Tel Donald Duck dans la bande à Donald, il neige à gros flocons ! Et surtout, on ne voit plus rien à un mètre. Les montagnes… Rangées. La mer… repliée. Tout semble fermé ! C’est tout blanc dehors, totalement opaque ! Mais patience, au bout d’une petite dizaine de minutes, le temps se dégage de nouveau !

Nous sortons alors, émerveillés par le paysage, qui, il faut le dire, est diaboliquement délicieux, d’autant plus sous ces grands nuages menaçants et les flocons qui tombent. Les vagues s’écrasent sur les rochers, une passerelle en bois nous dessine une route vers les dents. Et quelles dents ! Acérées, elles pointent vers le ciel sur un ton menaçant ! A moins que ça ne soit le ciel menaçant qui pointe vers les dents ! En tout cas, je ne m’amuserais pas à approcher mes doigts vers une telle mâchoire ! En plus d’être au milieu d’un cadre magnifique, je note que partout où nous allons, nous ne sommes pas bousculés par les touristes ; nous croisons très peu de voitures, nous sommes seuls sur les points d’intérêts… Le rêve !

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Nous profitons du paysage à peu près une vingtaine de minutes avant que la brume ne revienne. Les nuages se mélangent aux dents un moment (« euh, excuse-moi, t’as un bout de nuage coincé entre les dents »), ce qui nous permet de prendre quelques clichés un brin mystique. Je tente même le pari fou d’avoir les dents avec la brume en toile de fond, et une vague qui se fracasse sur les rochers au même moment…. Check… Alors avec un oiseau qui passe en prime ? Non…. Raté ! Puis de nouveau…. Plus rien… Le spectacle est terminé, on replie les gars ! Décidément, ces ratiches sont un tantinet capricieuses et ne se dévoilent pas comme ça à n’importe quel troll inconnu qui passe !

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Skaland

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Nous décidons d’aller ensuite vers Skaland (je sais plus exactement quand nous y sommes allés, j’ai oublié de le noter dans mon Skalendrier), le seul endroit du coin où trouver une épicerie ; je vous l’avais dit, mon viking a deux heures d’autonomie. Ses dents d’ogre ont quelque chose de diabolique aussi quand il a faim 😀 ! Quelques vivres plus tard, une pizza et du pain aux tomates et aux olives dans le creux de nos estomacs, nous profitons de l’irruption de quelques rayons pour admirer les fjords environnants avec des cabanes rouges ; oui, en plus de chasser les rennes, les élans, les tunnels, les aurores boréales, je fais aussi accessoirement collection de photos de cabanes…. Derrière nous, se dresse une jolie église. Elle nous invite à pousser plus loin la balade ! Puis ragaillardis par ce bon air frais et ces quelques rayons, nous décidons de grimper un peu sur les montagnes pour avoir un point de vue en hauteur !  Dès que nous nous écartons un temps soit peu des sentiers, nous nous enfonçons beaucoup dans la poudreuse. Je laisse mon valeureux viking me dépasser un peu afin de jauger la hauteur de neige avant de m’engouffrer… Wouahhh l’aventurière en mousse quoi ! Vus : mon copain se gaufrer plusieurs fois, et une Lykorne ricaner bêtement…

Bref, la vue d’en haut est super belle, nimbée de lumière dorée !

C’est en découvrant un autre fjord en quittant Skaland que nous tombons sur un autre joli spot où prendre quelques photos, mais le temps est de nouveau très tourmenté. Le vent dans la figure, la neige qui cingle le visage, nous capitulons assez vite.

Vent : 1 lykorne : 0

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Bergsbotn

La vue sur le fjord de Bergsbotn (Berk ces bottes hum) du haut d’une sorte de grand perchoir est complètement démente et vertigineuse ! Les montagnes droit devant, le fjord en dessous de nos pieds, une jolie route qui passe au milieu des sapins ! C’est vivifiant, un bon bol d’air et de nature !! Je vous conseille de vous y arrêter !

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Straumsnes

Alors que nous étions prêts à rentrer, nous passons de nouveau devant les villages inaccessibles en voiture repérés la veille… Mon viking gare la voiture où il peut et nous décidons de couper à travers neige en marchant pour le rejoindre. Nous essayons de trouver des points de repères visuels pour retrouver notre chemin au retour. Le temps se dégage un peu de nouveau, et d’un naturel très optimiste, je m’entends dire un truc du genre « Ohlala, on va avoir un magnifique coucher de soleil ». Puis nous voilà à marcher à travers champs… euh neige pour retrouver notre village !

La route toute en longueur qui mène à notre village fantôme à peine franchie, je m’approche émerveillée d’un fjord aux eaux d’un bleu turquoise splendide ; et là, dans une bourrasque infinie, je me prends un déluge de neige dans la figure, je ressemble à une Lykorne Yeti des neiges ; je range très très vite mon appareil et nous nous réfugions à l’abri derrière une maison ! L’ambiance est très étonnante ; ce village qui avait des allures de petit havre de paix vu de loin la veille a en fait l’air totalement abandonné l’hiver (car peu praticable, il doit se réveiller l’été). Cette ambiance de village fantôme est irrésistible ! Tout cela vaut bien une pause pipi en pleine tempête de neige…. Nous voyons un phoque au loin sur le chemin du retour (enfin un petit point noir).

Phare et aurores boréales


Nous profitons du phare et sa vue privilégiée sur le fjord et les montagnes pour entamer notre deuxième chasse aux aurores boréales ! Cette soirée sera toute aussi fructueuse qu’à Finnsnes… Le ciel commence à s’habiller d’un vert très pâle ça et là dès la nuit tombée. Rien n’est jamais prévisible avec ce phénomène lumineux. Parfois il peut y avoir quelques prémices puis ça s’arrête là sans aller plus loin : parfois le spectacle va durer peu de temps : mais il peut aussi durer de longues heures, comme nous l’avons vu cette nuit là ! Les formes vertes se sont allongées, se sont intensifiées, ont commencé à danser… Et chose presque impensable, mon Viking les a vues vertes ce soir-là et les suivants ! Cela dépend donc de l’intensité des aurores : nous en avons vu d’un kp de 2 en Islande alors que nous avons bénéficié d’un kp entre 4 et 6 lors de notre séjour en Norvège ! Dans l’euphorie du moment, mon Viking a fait tomber son objectif photo ce soir là : malgré nos efforts pour le réanimer, j’ai la tristesse de vous annoncer qu’il nous a quittés…

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Après de doux rêves en niveaux de verts, nous rassemblons nos affaires pour rejoindre notre ultime logement de Senja : nous partons cette fois-ci vers l’est de l’île, du côté de Gibostadt ! Mais comme chaque trajet a son lot d’aventures, nous nous arrêtons régulièrement sur la route. Il fait très beau ce jour là, et je me suis mise en quête de chasser les cabanes rouges et jaunes (non, je n’ai pas de bouton pause, arf), donc nous nous sommes arrêtés là :

Puis là, parce-que c’est trop trop beauuuuu !

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Et ici aussi, parce-que le cadre est paradisiaque !! Ce sera d’ailleurs mon dernier stop sauvage au milieu de la route, parce-que j’ai failli me faire aplatir par un camion. C’est ça de se sentir seule au monde, on prend ses aises. Et voilà qu’un Viking, qui a cru voir venir le moment où j’allais finir aussi plate qu’une crêpe Wahou, me dit qu’il ne s’arrêtera plus n’importe où : ahhh qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour une photo parfois ! Bref, voilà le cliché en question. Je vous laisse juger si ça valait le coup !

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Gibostadt

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Tout notre séjour a été fou, mais voici un de nos gros coups de cœur ! Un lieu qui n’était même pas épinglé sur ma google maps, une de ces surprises qui nous attendent au détour d’une rue sans crier gare ! La mer est tellement calme qu’on dirait un lac… L’air est frais, il reste quelques plaques de glace sur l’eau par endroits… Nous voyons les montagnes et une jolie petite rangée de nuages en face !

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De notre côté, à mon grand bonheur, nous avons une belle vue sur des petites cabanes rouges en enfilade, et la neige est intacte, comme si personne n’avait marché là depuis des jours ! Émerveillés devant tant de beauté, nous décidons de rester là jusqu’au coucher du soleil !

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L’eau est tellement lisse que le décor vient s’y dédoubler comme dans un miroir… Les teintes sont douces : les lumières ont quelque chose d’exceptionnel dans les pays nordiques ! Elles se reflètent dans l’eau, illuminent les montagnes, irisent les cristaux de neige !

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Nous regardons le soleil tomber jusqu’au bout, dans des dégradés de jaunes, roses, violets… Puis lorsque nous avons vu un bon échantillon du pantonier, nous reprenons la voiture pour trouver notre logement ! Et là, c’est très drôle, les indications de notre hôte ressemblent à une chasse au trésor grandeur nature… Après une station essence, nous prenons un sentier sur notre droite. Là, nous roulons 9km, puis empruntons un pont. Au 3ème renne sur notre droite, nous comptons 7 sapins, nous faisons deux tours sur nous-mêmes, tapons dans nos mains (comment ça j’en rajoute ?), et hop… Arrivés !

Les aurores boréales


Difficile pour moi de trouver les mots pour vous raconter cette nuit-là. J’étais déjà très heureuse d’avoir vu des aurores boréales deux fois, et je ne pensais pas qu’elles pouvaient être plus fortes que la veille… Et pourtant, elles me réservaient encore bien des surprises, et celles-ci continueront de danser dans ma tête pour un très long moment. La soirée commence l’air de rien, avec de jolis filets verts ça et là. Le ciel est très dégagé, et il fait très froid, alors on alterne les moments à l’intérieur du chalet et à l’extérieur pour ne pas perdre nos doigts 😀 !

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Nous profitons de ces lumières surréalistes pendant quelques heures, puis mon viking fatigué par tant de chasses finit par aller se coucher. Je ne suis pas encore prête à m’arrêter de profiter du spectacle, alors je ressors une ultime fois voir où ça en est… Et là… Mais que vois-je ? Une aurore épaisse et d’un vert éblouissant traverser en ondulant à travers tout le ciel ! Après un petit cas de conscience en me disant que ce n’est pas juste de garder ça pour moi toute seule quand on peut en profiter avec un viking barbu, mille millions de mille sabots… Je cours réveiller ce dernier en lui laissant tout de même le choix : « tu peux rester dormir mais faut quand même que je te dise. Il y a un spectacle de fou furieux dehors, tes films de science-fiction à côté c’est pour les fillettes. Autant vous dire qu’en 3 mn de temps, sans même un grognement, il avait rappliqué à mes côtés !

Les aurores s’en sont données à cœur joie…Alors que nous étions au summum de notre bonheur, elles ont commencé à vibrer à toute allure, émettre des variations blanches vertes et roses, danser en formant des rayons de tailles différentes en s’enroulant et se déroulant. Jusqu’à créer une immense spirale dont le centre était juste au-dessus de nos têtes. Les rayons fendaient le ciel et descendaient parfois si bas en dansant qu’on avait l’impression de presque pouvoir les toucher… Je tournais sur moi-même, en disant en boucle « c’est pas possible ». Ce sont les seuls mots qui sortaient de ma bouche.

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Les photos ne rendent pas justice à ce que nous avons eu la chance de voir cette nuit là ! Mais peu importe ce spectacle reste gravé dans nos têtes avec un petit goût de rêve !

Voilà un bon aperçu de notre magnifique séjour en Norvège en hiver, et plus particulièrement de l’Ile de Senja ! Mais d’autres articles arrivent bientôt, pour explorer Tromsø et parler infos pratiques !

Bons baisers de la Lykorne Illettree

Pour aller plus loin :


Si jamais vous souhaitez d’autres informations sur cette destination, voilà le bel article de « Wait and sea » qui m’a beaucoup aidé dans la préparation de mon voyage par ici

Un bel article également avec de belles photos et de chouettes récits sur le blog voyage & féminin par ici

Et si vous voulez toujours plus de destinations en hiver, vous trouverez mes aventures au Groenland en hiver ici et en Sibérie sur le lac Baïkal gelé par !!

 

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